Histoire Témoignages

Après la Rafle, un devoir de mémoire

9782749914886Juillet 1942. Au camp de transit de Beaune-la-Rolande où il a été transféré avec toute sa famille après une sinistre étape au Vél’d’Hiv, Joseph Weismann a déjà perdu l’insouciance de ses onze ans. Quand arrive le jour de la déportation, les forces de l’ordre s’emparent brutalement des adultes, laissant des centaines d’enfants déchirés de douleur. Les soeurs de Joseph ont également été emmenées. A bout de larmes, le jeune garçon décide de s’enfuir avec un copain. Ils mettront cinq heures à traverser les barbelés qui cernent le camp… Jusqu’à la Libération, ce gamin chétif va se cacher. Dénonciation ignoble, protection inattendue de deux gendarmes, maltraitance de certaines familles d'”accueil” et enfin un couple merveilleux qui va en faire un homme. Désormais, il a pour devise : “Le bonheur droit devant”. Il veut tout gommer, la souffrance a presque engendré le déni. Et ses cauchemars, la nuit, il n’en parle à personne. Ce n’est qu’en se rendant à Auschwitz, où les siens ont disparu avec tant d’autres, qu’il accepte de regarder l’horreur en face. Et c’est Simone Veil, un jour, qui l’incite à témoigner. Pour que les jeunes générations sachent. Pour qu’elles veillent à ce que l’Histoire ne se renouvelle pas.

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Thèmes : Histoire, Témoignage, Seconde Guerre Mondiale, Shoah, Camps de concentration, Rafle du Vel d’Hiv

TW : Cruauté, Mort, Violences, Guerre

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Totalement bouleversée par le film de Rose Bosch, La Rafle, j’ai voulu en apprendre plus sur le destin du jeune Jo Weismann dont on a aucune information sur sa vie entre son évasion du camp de Beaune-la-Rolande et son passage au Lutetia à la fin du film.

Poussé par les gens attirés par le même désir que moi, mais aussi par Simone Veil, Joseph Weismann s’est lancé dans l’écriture de son histoire en 2011. Après la Rafle raconte donc le parcours du jeune garçon, de son arrestation à Montmartre à son parcours de mémoire qu’il réalise aujourd’hui.

« Je franchis le seuil du 54, rue des Abbesses. Aujourd’hui, la petite marchande de fleurs n’est pas là. Sinon, rien n’a changé. […] Une fois devant la porte de l’appartement, j’appuie la paume de ma main contre son bois. Les cachets de cire que les policiers ont posés avant de partir n’ont pas bougé non plus. Je n’avais pas vu quel tampon ils avaient apposé : une croix gammée. » p109

Passionnant quoique parfois long, le récit émeut du début à la fin. Car Joseph Weismann nous démontre que les difficultés vécues par les juifs ne se sont pas stoppées à la fin de la guerre, loin de là. Batailles pour retrouver son identité puisque déclaré mort à Auschwitz, pour se faire accepter de ses camarades militaires mais aussi pour avancer dans la vie. Rien n’est évident lorsque l’on est juif.

Ce que j’ai découvert tout au long de ma lecture, ce sont les différences entre le film et la véritable histoire de Jo. Notamment ce fameux passage au Lutetia où l’on se rend compte qu’il a survécu et qu’il recherche ses parents. Il s’avère que ce dernier point est faux. Joseph Weismann n’a jamais fait la moindre recherche pour savoir ce qu’était devenu sa famille. 

«  J’ai un défaut bien commode : quand la vérité ne me convient pas, je l’occulte, elle n’existe pas. En 1947, une fois tout à fait remis de ma primo-infection, presque serein et heureux chez les Margel qui m’ont accueilli comme un fils, j’apprends ce qui s’est vraiment passé, là-bas, une fois les trains arrivés à destination. Les noms sonnent de façon moins poétique que Pitchipoï à mes oreilles. Auschwitz, Sobibor, Treblinka, Chelmno, Majdanek… Tous ces camps se trouvaient en Pologne. C’est donc vrai que mes parents sont retournés sur leur terre natale, finalement. » p196

Convaincu de leur retour pendant des années, il a fallu se rendre à l’évidence que ceux-ci ne reviendraient pas. Lorsque cela est arrivé, il n’a pas vu l’intérêt de remuer le passé. Et j’ai trouvé ça quelque peu dommage de ne pas savoir tout en ressentant une empathie pour cette décision difficile.

J’ai dévoré ce livre d’une traite, touchée par le quotidien de l’auteur et par ses nombreux combats pour s’en sortir. Il est dommage que le film de Rose Bosch ne traite pas plus de ces événements qui sont captivants. Heureusement, Après la Rafle est un complément parfait.

Le témoignage de Joseph Weismann s’inscrit comme l’un des plus indispensables de cet énorme travail de mémoire autour de la Shoah. Une voix qui ne doit jamais s’éteindre…

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Grand format : Michel Lafon – Plus édité / Poche : J’ai lu – 6.70€

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