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Miss Kim de Cho Nam-Joo : Sororité et féminisme coréen

Huit femmes. Huit portraits. Une réalité.
Huit histoires construites autour des expériences de femmes, allant des premiers émois amoureux à l’école primaire jusqu’au spectre de la mortalité.

Assises sous un abricotier en fleur, bouleversées par la danse d’une aurore boréale, agrippées à un livre déformé à force d’avoir été lu, rangeant soigneusement une petite cale en carton, émues de voir leurs filles grandir, elles se libèrent, sauvées par leur détermination et par la grâce de la beauté.

Écrit dans la prose magistrale et acérée de Cho Nam-Joo, Miss Kim rassemble les vies de huit femmes coréennes, âgées de 10 à 80 ans. Chacun de ces portraits constitue un microcosme de la Corée contemporaine, et reflète les défis et les injustices auxquels les femmes sont confrontées de l’enfance à la vieillesse. Comme dans Kim Jiyoung, née en 1982, le destin de ces huit femmes est celui des femmes du monde entier. Et sous le regard précis et sans détour de Cho Nam-Joo, rien ni personne n’échappe à l’examen à la loupe, pas même elle-même.

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Thèmes : Féminisme, Société coréenne, Discrimination, accomplissement, sororité

Trigger warning : Abus physiques et psychologique, harcèlement

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Je connaissais la plume de Cho Nam-joo pour avoir lu son roman le plus populaire : Kim Jiyoung, née en 1982, auquel je n’avais pas accroché. Quand j’ai entendu parler de Miss Kim, j’ai eu envie de redonner sa chance à l’autrice et je ne le regrette pas !

Miss Kim est un recueil contenant 8 histoires, chacune prenant une femme différente comme protagoniste. Ce roman choral intergénérationnel met en lumière les différentes expériences de vie de ces femmes en répondant à la question : Qu’est-ce que c’est d’être une femme aujourd’hui en Corée ? Ce pays, souvent idéalisé grâce à son soft-power cache, comme tous les pays, son lot de mauvais côtés. Et d’être une femme là-bas n’est pas toujours chose aisée. Jugement, abus, pression de la société, renoncement de soi, sacrifice, tel est le lot des héroïnes de ce roman.

Parfois il m’arrive de me demander comment cette enfant sortie de mon ventre peut être si différente de moi. Et puis je me dis qu’elle n’a vécu que neuf mois dans mon ventre, contre plusieurs décennies dans ce monde.

Sous un abricotier raconte l’histoire de cette femme âgée, rendant visite à sa soeur ayant alzheimer et vivant en maison de retraite. La maladie de cette dernière va pousser l’héroïne à revenir sur des pans de sa vie passé et notamment, son changement de nom. C’est une histoire sur le fait de reprendre sa vie en main et sur le temps qui passe.

Je ne vais pas me laisser faire met en scène une autrice à succès, victime de harcèlement depuis la sortie de son dernier roman et qui souffre d’un blocage d’écriture. Quand l’une de ses anciennes professeurs reprend contact avec elle, elle y voit l’occasion de lui avouer à quel point celle-ci a eu un impact fort sur sa vie. Elle ignore alors que cette rencontre va avoir une tournure inattendue.

Fugue raconte l’histoire de cette jeune femme dont le père a fugué et dont la mère qui a toujours été dépendante de son mari, ne sait pas quoi faire. On y parle de rapprochement familial, de dépendance et d’indépendance, de pression familiale et sociétale mais aussi d’acceptation et de résilience.

Miss Kim le sait met en scène une toute jeune employée qui découvre l’influence incroyable de celle qu’elle remplace sur toute la société et comment elle s’est rendue si indispensable que plus rien ne fonctionne sans elle. Son efficacité est si forte que son existence en devient légendaire. On y parle de traitement des femmes dans le monde du travail, de reconnaissance, de manipulation, de dénigrement.

Je dois me méfier de cette tendance à considérer une personne qui n’est pas moi comme étant semblable à moi.

Cher Heyonnam est un monologue épistolaire. Une lettre d’adieu d’une femme abusée psychologiquement et qui se libère. C’est une des nouvelles les plus marquantes du recueil.

L’Aurore boréale raconte l’histoire d’une femme proche de la soixantaine, refusant de devenir la nounou de son petit-enfant et qui veut, après une vie à faire passer les autres avant elle, réaliser son rêve de voir une aurore boréale. Elle va partir au Canada avec sa belle-mère de presque 80 ans, montrant qu’il n’y a pas d’âge pour accomplir ses rêves.

Les filles grandissent parle de harcèlement sexuel et de comment la société se range du côté des harceleurs, dénigrant la parole féminine malgré la présence de preuve. Mais aussi du jugement des femmes sur d’autres femmes, de comment réagir en tant que parent et du changement que le temps et la société opèrent sur nos convictions profondes. C’est aussi une histoire qui va faire travailler l’esprit critique du lecteur.

L’amour au temps du Covid raconte l’histoire d’amour manquée entre deux adolescents. C’est l’une des histoires les plus candides du roman.

J’ai traversé une période assez longue et difficile pendant laquelle je devais faire cohabiter ma vie quotidienne et ma vie d’autrice qui voyait ses textes grossièrement résumés, déformés, évoqués à tort et à travers. 

Miss Kim est un appel à la sororité. L’occasion de montrer que ces femmes, malgré tout leur vécu, se relèvent et reprennent leur vie en main. Elles ne se laissent pas faire et combattent les préjugés et les diktats de cette société qui cherche à les restreindre. C’est beau, touchant, inspirant.

J’ai aimé chacune des histoires présentes dans ce roman mais trois m’ont particulièrement marquées. J’ai particulièrement aimé celle de Je ne vais pas me laisser faire, cette autrice harcelée et jugée pour avoir couché sur papier son expérience de vie. Accusée de plagiat, elle ne se laisse pas abattre et montre que, peu importe ce que l’on dira, ou fera, il y aura toujours des gens prompts à se faire une opinion déformée. Mais surtout, que, peu importe tout ça, elle ne doit de justification à personne.

Ce que cela signifiait ? Que mes textes avaient été vidés de leur substance. Dès lors, je n’ai plus été capable d’écrire le moindre mot.

L’Aurore boréale est aussi une des plus fortes. Cette femme refusant d’aider à élever son petit-enfant m’a beaucoup surprise. C’est un point de vue rarement mis en avant que celui des femmes qui ne veulent pas être considérées comme juste bonne à élever des enfants et qui sont jugées pour reprendre leur droit à disposer de leur temps comme bon leur semble. La Fugue à aussi beaucoup résonnée. Elle montre que, finalement, personne n’est indispensable et que l’on peut aussi aimer à distance. Que laisser partir les gens, c’est aussi une preuve d’amour.

Cho Nam-joo réussit avec Miss Kim à mettre en avant des thématiques fortes avec délicatesse et justesse. Sa plume est facile à lire et entraine facilement le lecteur dans ses histoires. C’est si réaliste que l’on a l’impression de lire des témoignages. On sent que l’autrice a puisé dans son propre vécu offrant une dimension intime à son oeuvre.

Oui, j’ai beaucoup aimé ce roman et je redonnerais sa chance à Kim Jiyoung. Miss Kim est un livre important et qui mérite d’être lu et partagé ! Un indispensable dans toute bibliothèque féministe !

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Grand Format : Robert Laffont– 19.90€ / Poche : N’existe pas

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