Ces derniers temps, j’ai constaté un changement dans mon rapport au livre. Moi qui ai toujours consommé énormément, dans tous les formats, j’ai constaté un blocage dans mes lectures que je n’arrivais pas à comprendre. Jusqu’au dernier tri de ma PAL.
Depuis des années, je suis ce que l’on appelle, une acheteuse compulsive. Je craque facilement pour les beaux livres et travaillant dans une librairie, la tentation est une question de tous les instants. J’ai donc, tout au long de ma carrière beaucoup accumulé au point d’avoir une bibliothèque entière destinée à ma PAL. Oui, oui, vous avez bien lu, une bibliothèque entière de livres à lire. Pour ma défense, une partie contenait des SP (les SP ou services presse sont des livres envoyés par les éditeurs aux libraires notamment, qui s’en servent pour pouvoir conseiller efficacement les nouveautés en librairie). Ces derniers peuvent s’accumuler tout aussi rapidement que les livres achetés selon les saisons et le poste occupé. En tant que libraire littérature, les rentrées littéraires sont l’occasion de recevoir plus qu’on ne peut parfois en lire. Est-ce que je suis venue à bout de cette PAL ? Bien sûr que non. Je n’ai pas le temps de lire autant que je le souhaiterais et le soir quand je rentre, je joue aux jeux vidéos ou je suis trop claquée pour lire.
Fatiguée de voir cette bibliothèque ne pas bouger, j’ai pris alors une grande décision : un énorme tri. J’ai vidé plusieurs sacs de livres, ne gardant qu’une petite partie tenant dans 3 étagères. Mais même comme ça, et en faisant un tri tous les 6 mois environ, le problème était toujours le même. J’accumulais plus que ce que je n’étais capable de lire et je ne sortais pas les livres de ma PAL.

Le jour où je suis passée à la liseuse
J’ai toujours été team papier. Au point que j’avais conclu d’emblée que la liseuse, très peu pour moi. Et puis, un jour, j’ai compris qu’en tant que libraire, c’était un formidable outil. Je pouvais avoir accès aux SP directement en numérique. Adieu pile de livres anxiogène, tout tenait dans ce petit appareil que je pouvais transporter partout et lire confortablement même dans mon lit après m’être couchée. Je pouvais aussi faire des économies en n’ayant plus à dépenser autant d’argent dans les formats physiques (même si, on est bien d’accord, le prix des ebooks reste beaucoup trop cher). Une évolution positive mais pas parfaite. Car, malgré tout, je continuais d’acheter des éditions collector ou des livres dont la couverture m’avait tapée dans l’oeil tout en continuant à recevoir une partie des SP en papier. Même si, visuellement j’avais moins de livres dans ma bibliothèque, j’avais juste transféré le problème : j’avais désormais une PAL numérique plus grande que ma PAL papier et qui s’ajoutait, en plus, à cette dernière.
Le jour où j’ai réussi à réguler mes achats compulsifs au boulot
Ce qui est chouette quand on est libraire c’est qu’on est entouré de livres toute la journée. Mais quand on aime acheter des livres, c’est un gros souci. J’ai toujours était sensible aux beaux livres et la multiplication des éditions collectors a facilité mes craquages. Même si je faisais tout pour rester forte et ne pas craquer, il suffisait que je passe une mauvaise journée où que ma volonté vacille et c’était foutu. Je repartais non pas avec un livre mais avec, facilement, deux ou trois. Et tout l’effort fait pour réduire ma PAL était réduit à néant. Le plaisir de l’achat n’était que temporaire et j’oubliais facilement le livre une fois dans ma PAL. Parce que oui, trop d’achat compulsif tue le plaisir. Je ne retrouvais pas la même sensation de contentement quand j’achetais un livre parce que je le trouvais joli que quand j’achetais la suite d’une de mes séries favorites. Il m’a fallu du temps, beaucoup d’analyse perso et de discussions avec une collègue qui craquait facilement elle aussi pour que j’arrive à établir des règles strictes.
Il y a eu beaucoup de tentatives ratées : un seul passage en caisse par semaine, prendre le temps de lire un peu pendant mes pauses pour voir ce que le bouquin donne avant d’acheter, mettre de côté et étaler les achats… Rien ne marchait parce que mon impatience, le FOMO (fear of missing out : peur de manquer) développé sur les éditions limitées et le besoin d’acheter se faisait tellement oppressant que je finissais par prendre en me disant que ce serait plus confortable de lire à la maison. Ce qui n’arrivait jamais, bien évidemment. J’ai dû me faire violence, et m’obliger à une routine stricte pour réussir à me contenir.
Résultat, aujourd’hui, je n’achète plus du tout à mon boulot. Un livre m’intéresse, je le met de côté pour le bouquiner un peu. S’il me plait, je me pose la question suivante : est-ce que ce livre me plait au point de vouloir le garder par la suite ? Souvent la réponse est non. Je le lis alors pendant mes pauses et le remet en rayon ensuite. En arrivant à mettre en place cette routine, j’ai constaté que j’économisais énormément et que, très souvent la plupart des livres ne me plaisait pas plus que ça. Pour les élus, je cherche à avoir un SP numérique, me permettant de lire le livre gratuitement et tranquillement chez moi ou je l’ajoute dans une liste d’envie pour un achat plus tard. J’ai également constaté que je checkais plus de livres, plus souvent au lieu de les laisser prendre la poussière pendant des mois ou des années dans ma PAL.
Le jour où j’ai eu le déclic
Mon premier support de lecture aujourd’hui, c’est ma liseuse. J’aime le fait de pouvoir la trimballer partout sans qu’elle prenne trop de place. J’aime le fait de pouvoir switcher de livre quand je veux et sa légèreté. Elle est profondément intégrée dans mon quotidien et je ne peux plus m’en passer. Cependant, son utilisation régulière a mis en lumière un gros souci : un déséquilibre total entre lecture numérique et lecture physique. Moi qui ai toujours aimé le contact du papier, j’ai totalement délaissé l’objet. Au point d’en développer un manque. Mais reprendre la lecture physique n’a pas été simple.
Au début, j’ai juste cru avoir perdu l’habitude. Mais j’avais beau tout tenter, je laissais le livre papier de côté pour reprendre ma liseuse. Et puis, il y un mois environ, j’ai eu envie de lire Les Hauts de Hurlevent suite à la polémique autour de son adaptation. J’ai donc sorti le livre de ma PAL. Et là, j’ai eu le déclic. Je trimballais mon livre partout et ne prenait le format ebook que le soir dans le lit. La raison : le confort de lecture. J’avais choisi un exemplaire de la collection Litera (que je vous ai présenté dans cet article) que j’aime beaucoup parce qu’il y a une symbiose entre plaisir de lecture et prise en main. Le papier est doux, la couverture toilée est agréable au toucher, le format poche est agréable parce qu’on peut le triballer partout et le livre s’ouvre facilement. Non seulement j’arrivais à nouveau à lire en papier, mais en plus, j’avais hâte de prendre mon livre. J’utilisais la liseuse comme complément pour continuer à lire pendant que je mangeais ou le soir pour ne pas déranger avec la lumière mais sinon, c’était papier uniquement. J’avais enfin trouvé le moyen d’équilibrer les deux.
Le jour où j’ai compris que le confort de lecture était la solution à mes problèmes
Depuis quelques temps, j’avais tendance à supprimer de ma PAL les grands formats pour les remplacer par le format ebook. Je ne gardais que les collectors et les poches. Et puis, en triant dernièrement, j’ai enfin compris que les changements que j’avais vécu depuis plusieurs années, et surtout ceux des derniers mois, m’avaient conduit à un plus profond changement : le “rejet” des grands formats. Moi qui ai l’habitude de la légèreté de ma liseuse et de la petitesse des poches, la taille des grands formats qui ne m’avait jamais gênée jusqu’à présent est devenue un vrai inconvénient. Depuis ma lecture des Hauts de Hurlevent de la collection Litera, j’ai compris que le confort que j’avais expérimenté à ce moment là était désormais ma norme et que les grands livres n’avaient plus de place chez moi.
Il faut le dire, nos grands formats sont grands, trop grands comparés à nos voisins. Et de plus en plus lourd (je me souviens encore du poids du livre La Présidente de José Frèches ou du dernier Chimamanda Ngozi Adichie). Mais aussi, de plus en plus chers pour une qualité en baisse et qui change d’une réimpression à l’autre : papier fin aussi transparent qu’un papier bible, petitesse d’écriture et mise en page bof, trop rigide et dos facilement cassable ou, à l’inverse, papier gros grain, livre léger mais épais comme une brique en plus d’une baisse de la qualité de traduction des livres étrangers.
Ces aspects m’ont encore plus frappé lors de mon voyage en Corée l’année dernière. J’ai passé beaucoup de temps en librairie et là-bas, les livres sont rarement plus grands qu’un semi-poche. La fabrication est soignée : le papier est doux, épais, le livre s’ouvre facilement sans casser son dos, le poids est juste comme il faut et le rendu au toucher de la couverture est très plaisant. Rajoutez en plus des couvertures super jolies et on craque facilement.
Oui, oui, il s’agit de livres de taille semi-poche sur cette photo.
Le poche n’est pas non plus épargné, d’autant que le prix varie plus souvent et l’écart entre le prix d’un même livre il y a deux ans et maintenant atteint des sommets. On trouve de moins en moins de poches entre 7 et 8€, la moyenne étant plus entre 9 et 12€. Cependant, ça reste tout de même plus abordable et en terme de confort, c’est incomparable. Moi qui aime les livres floppy, je trouve plus facilement mon bonheur en poche.
Ce qui est drôle c’est que, concernant les manga, j’ai tendance à faire l’inverse. Je préfère les grandes éditions au petit format parce que l’on profite mieux des dessins.
Mais alors, est-ce que ça veut dire que je n’achèterais plus jamais de grands formats ?
Non. Le grand format ne sera pas banni de chez moi. Mais désormais, si un livre m’intéresse, je le prends sois en poche s’il existe et que la prise en main est agréable, sois en ebook. Mettre le confort de lecture avant l’apparence me permet de réfléchir avant d’acheter et de ne plus craquer aussi facilement qu’avant. Seuls mes coups de coeur ont le droit à une place en grand format dans ma bibliothèque. Parce que j’aime avoir une version physique des livres, films et musiques qui me font vibrer et que si une belle édition est disponible, je ne crache pas dessus. Cette nouvelle façon de consommer va me permettre de beaucoup économiser tant en place qu’en argent, tout en retrouvant le plaisir d’acheter un livre pour son contenu et pas seulement pour son apparence.
Et vous, comment consommez vous les livres ? Vous retrouvez vous dans mon parcours ?






