« Lorsque vos yeux s’étaient croisés pour la dernière fois, tes paupières tremblaient, de désir de survivre. »
Printemps 1980. Un vent de terreur souffle sur la Corée du Sud. Une junte militaire a pris le pouvoir quelques mois plus tôt et, après une spectaculaire manifestation d’opposants à Séoul, la ville de Gwangju se révolte à son tour, avant d’être férocement réprimée.
Dans la ville ensanglantée, Tongho erre parmi les cadavres, à la recherche de son ami disparu. Dans une maison d’édition, Kim travaille sur un texte censuré. Dans le présent, des rescapés se souviennent. Et toutes ces âmes tourmentées ne demandent qu’à trouver la paix.

Thèmes : Révolte, Histoire, Corée du Sud, Résistance, Société, Transmission
Trigger warning : Mort, Descriptions de scènes violentes ou choquantes, Massacre

J’ai découvert Han Kang quand celle-ci a obtenu son prix Nobel de littérature. Alors que tout le monde encensait son roman La Végétarienne, c’est Celui qui revient qui a attiré mon regard. Fascinée par l’histoire de la Corée, dévorant tout ce qui me passe par la main, aussi bien livres, séries ou documentaires, j’avais entendu parler de Gwangju et de sa révolte mais sans jamais avoir eu l’occasion de creuser le sujet plus que cela. J’ai donc, tout naturellement décidé de me lancer dans sa lecture.
Celui qui revient est un roman dur. Dès le début, le ton est donné. Nous sommes le lendemain du massacre, et rien n’est épargné au lecteur. Afin de se rendre compte de l’atrocité de ce qui s’est passé, Han Kang n’omet rien. Son écriture est directe, visuelle, poétique aussi et pleine d’espoir. On le sent très vite, on a ici l’une des plus belles plumes du XXIe siècle. À travers la vision de plusieurs personnages, elle montre comment un évènement tragique peut marquer plusieurs générations. Han Kang fait parler les morts mais aussi les vivants, témoins directs ou générations futures.
Il nous pardonne nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés?
Je ne pardonne rien, ni ne reçois de pardon.
Car, longtemps, l’histoire de ce massacre a été tu. La Corée est un pays qui a subit plusieurs grands changements démocratiques et historiques. Si bien que plusieurs pans de son histoire récente ont longtemps été tus ou minimisés. C’est le cas de la révolte de Gwangju. Remettre en avant les sujets historiques ou sociétaux qui dérangent en Corée est la marque de fabrique d’Han Kang. Elle démontre à quel point le choix de taire les choses marque profondément un pays et transfert le traumatisme aux futures générations.
Celui qui revient est un des plus beaux romans que j’ai pu lire. Si l’histoire de la Corée vous intéresse, je vous en recommande chaudement sa lecture ! Et si vous regardez des dramas, l’excellent Youth of May parle des jours précédent le massacre en racontant l’histoire de deux personnages qui vont se retrouver au coeur des évènements.

Grand Format : Le Serpent à plumes– Plus édité / Poche : Le Livre de Poche – 8.90€
