Corée, 1943. Hana a vécu toute sa vie sous l’occupation japonaise. En tant que haenyeo, femme plongeuse en mer, elle jouit sur l’île de Jeju d’une indépendance que peu d’autres Coréennes peuvent encore revendiquer.
Jusqu’au jour où Hana sauve sa sœur cadette, Emi, d’un soldat japonais et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d’autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie. Emi passera sa vie à chercher Hana et à essayer d’oublier le sacrifice que sa sœur a fait. Mais les haenyeo sont des femmes de pouvoir et de force…
Plus de soixante ans plus tard, Emi saura-t-elle affronter le passé et les horreurs de la guerre pour retrouver enfin la paix ?
Thèmes : “Femme de réconfort”, Corée, Colonisation japonaise, Jeju, Soulèvement du 3 avril,
transmission, survie, reconnaissance, amour filial, Haenyeo
Trigger Warning : Viols, tortures, violences, pédophilie, massacres, enlèvement, mariage forcé, prostitution, mort
Quand on pense à l’histoire de la Corée, on a facilement en tête les palais, rois et reines du pays mis en lumière par les K-Dramas historiques. Mais la Corée, c’est aussi la Guerre de Corée, la colonisation japonaise et, notamment, le traitement monstrueux des femmes par l’occupant. Filles de la mer redonne une voix et une histoire à ces femmes, celles que l’on appelle les “femmes de réconfort”, sacrifiées, forcées à se prostituer, abandonnées, tuées et dont les survivantes ont été silenciées pendant près de 60 ans.
On suit Hana, jeune haenyeo de 16 ans qui se sacrifie pour sauver sa jeune sœur Emi des griffes des soldats japonais, et cette dernière, rongée par la culpabilité. A travers leurs deux voix, on découvre une facette méconnue de la Corée et de son histoire. Vivant à Jeju, petite île située en bas de la péninsule coréenne, les deux sœurs sont élevées dans la tradition des haenyeo, ces femmes qui plongent, chaque jour, pour subvenir aux besoins de leur famille. Une haenyeo ne rend de compte à personne. Libre, elles ne dépendent pas des hommes, seulement d’elles-mêmes.
Ma mère et moi sommes des haenyeo. Les hommes, nous ne leur devons rien. Seule la mer peut nous réclamer des dettes.
Écrit par Mary Lynn Bracht, autrice américaine d’origine sud-coréenne, Filles de la mer est un roman dur qui ne cache rien de l’horreur vécue par ses héroïnes. Certaines scènes sont insoutenables et l’on ressort choqués de la nature humaine. Mais ce roman est une nécessitée. Il met également en lumière des événements peu connus par le public occidental comme le soulèvement et le massacre de Jeju en 1948 où, pourtant libre, le peuple coréen s’est entre-déchiré.
Il n’y a pas de mots pour décrire ce que l’on ressent à la lecture de ce livre tant l’on passe par tant d’émotions différentes. Les personnages forts de Mary Lynn Bracht empoignent et touchent profondément grâce à une écriture d’une grande beauté.
Les mots sont un pouvoir, lui avait dit un jour son père. Plus tu en connaîtras, plus tu auras de pouvoir. C’est pour cette raison que les Japonais ont banni notre langue natale. Ils limitent notre pouvoir en limitant nos mots.
Filles de la mer est un roman à lire si vous le pouvez. A lire, à partager, à offrir. Pour faire vivre l’histoire et la voix de toutes celles que l’on a voulu effacer.

Edition Grand format : Robert Laffont – 22€ / Poche : Pocket – 9€
